# Beauté et préservation de l’environnement : un duo possible ?

L’industrie cosmétique mondiale génère chaque année plus de 120 milliards d’unités d’emballages, dont une fraction seulement est recyclée. Parallèlement, les formules conventionnelles libèrent dans les écosystèmes aquatiques des milliers de tonnes de substances persistantes, du triclosan aux silicones cycliques. Face à cette réalité, une question s’impose avec urgence : comment concilier notre quête de beauté avec la préservation des ressources naturelles ? La réponse ne se trouve pas uniquement dans le greenwashing marketing, mais dans une transformation profonde des pratiques industrielles et des comportements de consommation. Entre innovations biotechnologiques, économie circulaire et certifications rigoureuses, l’émergence d’une beauté véritablement durable redessine progressivement les contours d’un secteur longtemps critiqué pour son impact environnemental.

L’empreinte carbone de l’industrie cosmétique mondiale

L’industrie cosmétique représente aujourd’hui un marché de plus de 500 milliards de dollars, avec une empreinte carbone estimée entre 1,5 et 2 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Cette contribution significative s’explique par la complexité des chaînes d’approvisionnement, l’intensité énergétique des processus de fabrication et la dépendance historique aux dérivés pétrochimiques. Comprendre ces mécanismes constitue la première étape vers une transformation systémique du secteur.

Émissions de CO2 liées à la production des ingrédients synthétiques

La synthèse chimique des ingrédients cosmétiques conventionnels génère des émissions considérables. Les polymères synthétiques utilisés dans les texturants, les silicones et les agents filmogènes nécessitent des procédés à haute température et pression. Par exemple, la production d’un kilogramme de diméthicone, un silicone couramment utilisé, émet environ 5 à 7 kilogrammes de CO2 équivalent. Multipliez ces chiffres par les millions de tonnes produites annuellement, et vous comprenez l’ampleur du défi. Les tensioactifs issus de la pétrochimie, comme le sodium laureth sulfate, présentent un bilan carbone similaire, avec des émissions aggravées par les étapes de purification et de neutralisation.

Impact environnemental de la pétrochimie dans les formulations beauté

Au-delà des émissions directes, l’extraction et le raffinage du pétrole pour produire des ingrédients cosmétiques entraînent une cascade d’impacts environnementaux. Les huiles minérales, la vaseline et les cires synthétiques proviennent toutes de cette filière fortement carbonée. L’industrie cosmétique consomme annuellement près de 300 000 tonnes de dérivés pétroliers, contribuant non seulement aux émissions de CO2, mais aussi à la dégradation des écosystèmes lors de l’extraction. Cette dépendance aux ressources fossiles pose également un problème de résilience à long terme, alors que la transition énergétique mondiale s’accélère.

Bilan carbone des chaînes d’approvisionnement mondiales en cosmétiques

La mondialisation des approvisionnements cosmétiques amplifie significativement l’empreinte carbone du secteur. Un simple tube de crème peut contenir des ingrédients provenant de quinze pays différents : beurre de karité d’Afrique de l’Ouest, huile d’argan du Maroc, actifs biotechnologiques de France, conservateurs de Chine, et emballages fabriqués en Allemagne ou en Pologne. Le transport maritime représente environ

15 à 25 % de l’empreinte carbone d’un produit fini, selon les catégories. À cela s’ajoutent les flux aériens pour les lancements “urgents” et les opérations marketing, beaucoup plus émetteurs. Réduire ces distances, privilégier les ingrédients locaux quand c’est possible et optimiser le remplissage des conteneurs sont aujourd’hui des leviers majeurs pour limiter le bilan carbone des cosmétiques, sans même toucher aux formules.

Consommation énergétique des usines de fabrication L’Oréal, estée lauder et unilever

Les grands groupes comme L’Oréal, Estée Lauder et Unilever ont commencé à publier des données sur la consommation énergétique de leurs sites de production. L’Oréal indique, par exemple, avoir réduit de plus de 80 % les émissions directes de CO2 de ses usines entre 2005 et 2022, en basculant vers l’électricité renouvelable et la biomasse pour la production de chaleur. Certaines usines, comme le site de Granollers en Espagne, sont désormais partiellement alimentées par des installations photovoltaïques capables de couvrir jusqu’à 15 % de leurs besoins annuels en électricité.

Estée Lauder et Unilever suivent la même trajectoire, avec des objectifs de zéro émission nette sur les scopes 1 et 2 d’ici 2030. Malgré ces progrès, la fabrication reste énergivore : chauffer, mélanger, homogénéiser, stériliser, faire fonctionner les lignes de remplissage et de conditionnement consomme beaucoup d’électricité et de gaz. La véritable difficulté consiste à réduire l’empreinte du scope 3 (amont et aval : ingrédients, packaging, transport, usage et fin de vie) qui représente souvent plus de 90 % des émissions totales d’une marque de beauté. C’est là que les choix de formulation, de packaging et de logistique prennent tout leur sens.

Microplastiques et polluants persistants dans les produits de beauté

Si l’empreinte carbone est au cœur des débats, l’impact de la beauté sur la pollution plastique et chimique ne peut plus être ignoré. Beaucoup de produits de soin et de maquillage libèrent des microplastiques, des silicones persistants ou des filtres UV toxiques pour la vie marine. Imaginez chaque douche comme un “ticket aller simple” pour l’océan de milliers de particules invisibles : que deviennent-elles une fois évacuées par les eaux usées ?

Polyéthylène et polypropylène dans les exfoliants et gommages visage

Les microbilles de polyéthylène et de polypropylène ont longtemps été utilisées dans les gommages visage et corps, les dentifrices et même certains gels douche pour apporter un effet exfoliant. Ces particules, souvent inférieures à 1 millimètre, ne sont pas retenues par les stations d’épuration et se retrouvent directement dans les rivières et les océans. Là, elles sont ingérées par le zooplancton, les poissons et les oiseaux marins, participant à la bioaccumulation de plastiques dans toute la chaîne alimentaire.

Face à ces risques, plusieurs pays ont interdit les microbilles plastiques dans les produits rincés : c’est le cas des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France ou encore du Canada. Pourtant, des microplastiques “liquides” ou “solubles” (acrylates, polyquaterniums, etc.) sont encore largement présents dans les formules. Pour s’en passer, de nombreuses marques adoptent des alternatives naturelles comme la poudre de noyaux d’abricot, de pépins de raisin, de sucre ou de sel fin, qui apportent une exfoliation efficace sans polluer les écosystèmes aquatiques.

Silicones cycliques D4 et D5 : bioaccumulation aquatique

Les silicones cycliques, notamment le D4 (cyclotétrasiloxane) et le D5 (cyclopentasiloxane), sont très utilisés dans les soins capillaires, les crèmes et les produits de maquillage pour leur toucher soyeux et leur effet “peau de pêche”. Leur problème ? Ils sont volatils, peu biodégradables et s’accumulent dans les sédiments et la faune aquatique. Plusieurs études ont mis en évidence leur potentiel de bioaccumulation et leur toxicité à long terme pour les organismes marins.

L’Union européenne a restreint l’usage du D4 et du D5 dans les produits rincés, en raison de leur classification en tant que substances PBT (Persistantes, Bioaccumulables et Toxiques). Néanmoins, on les retrouve encore dans certains fonds de teint, bases de maquillage ou soins non rincés, ainsi que dans des silicones linéaires également peu biodégradables. Remplacer ces ingrédients par des esters d’huiles végétales, des beurres légers ou des polymères naturels est l’un des grands chantiers de la clean beauty, même si l’équation sensorielle (glissant, matité, tenue) reste complexe.

Filtres UV chimiques oxybenzone et octinoxate : toxicité pour les récifs coralliens

Les filtres UV chimiques tels que l’oxybenzone (benzophenone-3) et l’octinoxate (ethylhexyl methoxycinnamate) sont présents dans de nombreuses protections solaires, crèmes de jour SPF et baumes à lèvres. Leur rôle est de protéger la peau des coups de soleil et du vieillissement prématuré, mais une partie de ces filtres finit dans l’océan à chaque baignade. Des recherches menées à Hawaï, en Australie et en Méditerranée ont montré qu’ils pouvaient contribuer au blanchissement des coraux, perturber leur reproduction et affaiblir les larves de poissons.

C’est pour cette raison que certains territoires comme Hawaï, Palau ou des régions du Mexique ont interdit les filtres jugés les plus néfastes pour les récifs, encourageant l’usage de filtres minéraux non nano ou de filtres organiques nouvelle génération mieux évalués. La question se pose aussi pour les produits du quotidien qui contiennent des filtres UV “invisibles” dans les crèmes de jour, fonds de teint ou baumes labiaux. Faut-il réellement exposer sa peau et l’environnement à ces molécules 365 jours par an si l’on n’est pas en situation d’ensoleillement intense ? Apprendre à doser intelligemment la protection solaire, en distinguant une exposition modérée du “full sun”, est une dimension essentielle d’une beauté plus responsable.

Perturbateurs endocriniens : parabènes, phtalates et triclosan

Au-delà de la toxicité environnementale immédiate, certaines substances cosmétiques suscitent des inquiétudes pour la santé humaine et la faune en raison de leur potentiel de perturbation endocrinienne. C’est le cas de plusieurs parabènes (butylparaben, propylparaben), des phtalates utilisés comme plastifiants ou fixateurs de parfum, et du triclosan anciennement employé comme agent antibactérien dans les gels lavants et dentifrices. Ces molécules peuvent mimer ou bloquer l’action des hormones, avec des effets possibles sur la fertilité, la thyroïde ou le développement des enfants.

De nombreuses marques, à l’image de Connivence Lab ou de labels exigeants comme La Nouvelle Cosmétique et Slow Cosmétique, ont fait le choix de bannir ces substances de toutes leurs formules. Pour le consommateur, la vigilance passe par la lecture de la liste INCI et par le recours à des labels tiers qui imposent l’absence de perturbateurs endocriniens avérés ou suspectés. On peut également s’appuyer sur des bases de données indépendantes et des listes d’ingrédients à éviter, pour reprendre le contrôle sur ce que l’on applique sur sa peau… et que l’on relargue ensuite dans l’environnement.

Packaging cosmétique et pollution plastique océanique

Si le contenu compte, le contenant pèse lui aussi lourd dans le bilan environnemental des produits de beauté. Chaque année, les emballages cosmétiques représentent plusieurs dizaines de milliards de flacons, tubes, pots et étuis, dont une part significative termine en décharge ou dans la nature. Le plastique bon marché et léger, longtemps présenté comme la solution idéale, s’est transformé en fardeau planétaire. Comment faire évoluer cette équation sans sacrifier l’hygiène, la sécurité et l’expérience utilisateur ?

Recyclabilité du PET, HDPE et PP dans les contenants beauté

La majeure partie des emballages cosmétiques est composée de trois familles de plastiques : le PET (polyéthylène téréphtalate, souvent utilisé pour les flacons transparents), le HDPE (polyéthylène haute densité, pour les bouteilles opaques) et le PP (polypropylène, pour les bouchons, pompes et certains pots). Sur le papier, ces matériaux sont recyclables. Dans la réalité, la présence de colorants, d’étiquettes, de pompes métalliques et de résidus de produit rend le recyclage plus complexe, et seul un faible pourcentage est effectivement réinjecté dans la boucle.

Pour améliorer cette recyclabilité, les marques travaillent sur des flacons monomatériaux (corps et bouchon dans la même résine), sur des encres et colles plus facilement éliminables, ainsi que sur l’intégration de plastiques recyclés (rPET, rHDPE). Certaines enseignes de parfumerie et de grande distribution mettent aussi en place des filières de collecte spécifiques pour les emballages cosmétiques, complétant le tri sélectif classique. En tant que consommateur, le simple réflexe de rincer grossièrement un flacon et de séparer, quand c’est possible, les pompes et bouchons permet d’augmenter la qualité du gisement à recycler.

Suremballage et packaging multi-matériaux non recyclables

Au-delà de la nature du plastique, le design du packaging joue un rôle crucial. Les coffrets cadeau, les pots avec spatule intégrée, les tubes munis de multiples inserts métal-plastique-verre sont séduisants en rayon, mais devenus un cauchemar pour la filière de recyclage. Dès qu’un emballage combine trop de matériaux collés ou sertis, il devient quasiment impossible à traiter de manière économique. Le résultat ? Une mise en décharge ou une incinération qui alourdissent l’empreinte environnementale du produit.

Réduire le surpackaging – ces boîtes, calages et films plastiques ajoutés pour le marketing – est l’un des gestes les plus immédiats pour verdir l’industrie. De nombreuses maisons s’engagent aujourd’hui à supprimer les notices papier quand l’information peut être portée sur l’emballage, à abandonner les cellophanes autour des boîtes et à limiter les coffrets à des éditions réellement pérennes ou rechargeables. Pour nous, cela revient à accepter un luxe plus sobre, moins démonstratif, mais plus cohérent avec un objectif de beauté durable.

Alternatives biosourcées : bioplastiques PLA, PHA et cellulose moulée

Pour sortir de la dépendance au pétrole, les industriels explorent des alternatives biosourcées comme le PLA (acide polylactique), les PHA (polyhydroxyalcanoates) ou la cellulose moulée. Ces matériaux d’origine végétale ou microbienne peuvent, selon les cas, être compostables industriellement, biodégradables dans certaines conditions ou simplement à plus faible empreinte carbone. On les voit apparaître dans les étuis, les godets de maquillage, les recharges de déodorants ou certains films protecteurs.

Cependant, ces solutions ne sont pas magiques : un bioplastique compostable a peu d’intérêt s’il finit à l’enfouissement ou dans la mer, où les conditions de dégradation ne sont pas réunies. De plus, certaines filières de PLA entrent en concurrence avec l’alimentation (maïs, canne à sucre). L’enjeu est donc de combiner sobriété (moins d’emballage), circularité (réemploi, recharge) et matériaux mieux conçus, plutôt que de simplement remplacer un polymère par un autre. Les emballages en carton recyclé, en verre léger ou en aluminium bien trié gardent, dans ce contexte, une place de choix.

Formulation clean beauty et chimie verte appliquée

La bonne nouvelle, c’est que l’écologie en cosmétique ne se limite pas à enlever quelques “ingrédients noirs” de la liste INCI. Une nouvelle génération de formules s’inspire des principes de la chimie verte : réduction des solvants, énergies douces, renouvelabilité des ressources, sécurité pour la santé humaine et l’environnement. Derrière certains sérums minimalistes ou huiles multi-usages, on trouve une véritable révolution scientifique.

Biotechnologie et fermentation microbienne pour ingrédients actifs

La biotechnologie permet aujourd’hui de produire des actifs cosmétiques hautement performants à partir de micro-organismes (levures, bactéries, algues) via des procédés de fermentation. Acide hyaluronique, céramides, peptides, antioxydants ou même certains pigments peuvent être obtenus sans recourir à l’extraction intensive de ressources naturelles rares. On remplace ainsi des cultures gourmandes en eau et en terres agricoles par des bioréacteurs contrôlés, souvent alimentés par des substrats issus de la biomasse ou de coproduits agroalimentaires.

Cette approche présente un double avantage : une stabilité de qualité (moins de variations saisonnières que dans les plantes) et un meilleur contrôle du profil toxicologique et environnemental. Des marques de clean beauty misent déjà sur ces actifs biotechnologiques pour proposer des soins haute performance sans alourdir leur impact climatique. Pour nous, consommateurs, cela signifie qu’un sérum riche en actifs fermentés peut être plus vert qu’un soin affichant une liste interminable de plantes exotiques importées à l’autre bout du monde.

Extraction par CO2 supercritique et techniques d’écoextraction

L’extraction des huiles essentielles, des beurres végétaux ou des polyphénols a longtemps reposé sur l’usage de solvants pétrochimiques et de hautes températures, avec une forte consommation d’énergie et un risque de résidus. Les techniques d’écoextraction, comme l’extraction au CO2 supercritique, aux solvants verts (éthanol bio, glycérol) ou par ultrasons, changent la donne. Le CO2 supercritique, par exemple, permet d’extraire des fractions lipophiles à basse température, sans solvants résiduels, puis de récupérer le CO2 pour le réutiliser dans un circuit fermé.

Ces technologies, encore coûteuses mais de plus en plus accessibles, améliorent à la fois le rendement, la pureté des extraits et leur profil environnemental. Des maisons comme Connivence Lab, qui maîtrisent toute la chaîne “de la plante au soin”, peuvent ainsi concentrer les principes actifs des plantes locales (calendula, lavande, camomille) sans recours à des procédés agressifs. Pour l’utilisateur, cela se traduit par des huiles et baumes riches en molécules utiles, moins dilués, avec souvent un dosage plus faible suffisant pour des résultats visibles.

Tensioactifs biodégradables dérivés du coco et du sucre

Les tensioactifs – ces molécules qui “font mousser” nos shampooings, gels douche et nettoyants visage – sont au cœur de la question environnementale. Les plus répandus, issus de la pétrochimie (SLES, SLS, etc.), sont efficaces et peu coûteux, mais posent des problèmes de biodégradabilité, d’irritation potentielle et d’empreinte carbone. En réponse, la chimie verte développe des tensioactifs d’origine végétale, dérivés de l’huile de coco, du sucre ou de l’amidon : coco-glucoside, sodium coco-sulfate mieux purifié, decyl glucoside, sodium cocoyl glutamate, entre autres.

Ces tensioactifs “verts” offrent une bonne compatibilité cutanée et sont plus facilement biodégradables, même si leur profil n’est pas toujours parfait (par exemple, certains cocosulfates restent irritants à forte dose). L’enjeu est donc de trouver le bon compromis entre douceur, efficacité détergente, biodégradabilité et impact sur les milieux aquatiques. Pour une routine réellement éco-responsable, nous pouvons privilégier des nettoyants à base de glucosides ou d’acylglutamates, souvent mentionnés dans les listes INCI, et limiter le nombre de produits moussants utilisés au quotidien.

Conservateurs naturels alternatifs : ferments lactiques et extraits de radis

Conserver une formule sans perturber l’écosystème cutané ni rejeter de molécules persistantes dans l’environnement constitue un véritable défi. Les conservateurs classiques (parabènes, phénoxyéthanol, libérateurs de formaldéhyde) sont efficaces, mais controversés. En réponse, les formulateurs explorent des systèmes de conservation alternatifs basés sur des ferments lactiques, des peptides issus de radis fermentés, des extraits de certaines baies ou des mélanges d’alcools gras combinés à un pH contrôlé.

Ces systèmes “naturels”, s’ils sont bien pensés, permettent d’assurer la sécurité microbiologique des produits tout en réduisant le recours aux conservateurs de synthèse les plus problématiques. Ils exigent en contrepartie des formules plus stables (moins d’eau libre, plus de corps gras ou de gels structurés) et des packagings adaptés (airless, recharges fermées). C’est là que l’expertise de marques artisanales engagées, maîtrisant la phyto-biochimie et la microbiologie, fait la différence. En tant que consommateur, choisir des soins frais, produits en petites séries, à base d’ingrédients simples et nutritifs, est souvent une manière efficace de limiter son exposition à des conservateurs agressifs tout en réduisant l’impact environnemental de sa routine.

Certifications environnementales et labels écologiques beauté

Face à la complexité des enjeux, comment s’y retrouver quand on n’est ni chimiste ni spécialiste de l’ACV ? Les labels écologiques et les certifications environnementales jouent ici un rôle d’“aiguilles de boussole”, à condition de comprendre ce qu’ils garantissent réellement. Tous ne se valent pas, mais ils constituent un bon point de départ pour distinguer un engagement profond d’un simple discours marketing.

Ecocert cosmos, nature & progrès et référentiel cosmébio

En Europe, les référentiels Ecocert Cosmos et Cosmos Organic (portés par plusieurs organismes, dont Ecocert, Cosmécert, etc.) définissent un cadre commun pour les cosmétiques naturels et bio. Ils imposent un pourcentage minimal d’ingrédients d’origine naturelle, un seuil de composants issus de l’agriculture biologique, ainsi qu’une liste noire de substances interdites (huiles minérales, silicones, OGM, etc.). Le référentiel Cosmébio, à travers son logo, signale aux consommateurs que le produit satisfait à ce cahier des charges, tout en étant contrôlé par un organisme tiers.

Nature & Progrès, plus exigeant encore, va au-delà de la formule pour intégrer des critères sociaux, agricoles et de transformation : proximité des producteurs, pratiques paysannes respectueuses des sols, absence d’additifs controversés. D’autres labels, comme La Nouvelle Cosmétique ou Slow Cosmétique, valorisent les formules courtes, la transparence marketing et la dimension artisanale. En combinant plusieurs de ces labels sur un même produit, on augmente la probabilité de soutenir une beauté réellement respectueuse du vivant et du territoire.

Label cradle to cradle et analyse du cycle de vie ACV

L’approche Cradle to Cradle (du berceau au berceau) propose une vision circulaire de la conception produit : chaque ingrédient et chaque matériau doit pouvoir être réintégré en fin de vie dans des cycles biologiques (biodégradables, compostables) ou techniques (recyclables à haute valeur). Le label Cradle to Cradle Certified évalue ainsi les produits selon plusieurs critères : santé des matériaux, circularité, énergies renouvelables, gestion de l’eau et équité sociale. En cosmétique, cela se traduit par des packagings monomatériaux facilement recyclables, des formules non écotoxiques et des usines alimentées par des énergies propres.

Complémentairement, l’Analyse du Cycle de Vie (ACV) permet de quantifier les impacts environnementaux d’un produit depuis l’extraction des matières premières jusqu’à la fin de vie, en passant par la fabrication, le transport et l’usage. De plus en plus de marques de beauté publient, au moins partiellement, les résultats d’ACV sur leurs gammes phares, pour identifier les “points chauds” (eau utilisée lors de la douche, flacon non recyclé, ingrédient trop carboné…) et proposer des améliorations concrètes. Pour nous, cela signifie que le discours sur la durabilité peut s’appuyer sur des données mesurables, et pas seulement sur des images de feuilles vertes.

Certification B corp pour marques éthiques : lush, patyka et caudalie

La certification B Corp ne porte pas uniquement sur les produits, mais sur l’ensemble de l’entreprise : gouvernance, transparence, impact environnemental, social et sociétal. Des marques de cosmétique comme Lush, Patyka, Caudalie ou encore certaines jeunes pousses françaises et internationales ont obtenu ce label en démontrant qu’elles intègrent l’intérêt des parties prenantes (clients, salariés, fournisseurs, planète) dans leur modèle d’affaires.

Pour le consommateur, choisir une marque B Corp, c’est privilégier une entreprise qui s’engage à long terme sur des objectifs mesurables : réduction de l’empreinte carbone, programmes de recyclage, soutien à des ONG environnementales (comme 1 % for the Planet ou l’ARTAC), transparence sur la chaîne d’approvisionnement. Bien sûr, aucun label n’est une garantie de perfection, mais il indique une direction et une volonté de rendre des comptes. Dans un univers saturé de promesses, c’est déjà un filtre précieux pour une beauté plus alignée avec nos valeurs.

Stratégies zéro déchet et économie circulaire en cosmétique

Réduire l’empreinte environnementale des cosmétiques ne repose pas seulement sur des innovations invisibles dans les formules ou les usines. C’est aussi une affaire de nouveaux modèles de consommation : réutiliser plutôt que jeter, recharger plutôt que racheter, valoriser plutôt que gaspiller. En d’autres termes, appliquer les principes de l’économie circulaire à notre salle de bains.

Systèmes de recharge et consigne : loop, garnier et la rosée

Les systèmes de recharge et de consigne se multiplient dans l’univers beauté. La plateforme Loop, par exemple, teste avec plusieurs grandes marques (dont Garnier) des flacons en acier inoxydable ou en verre épais, conçus pour être remplis, collectés, nettoyés puis remis en circulation des dizaines de fois. Cette logique rappelle le laitier d’autrefois : le contenant devient un actif réutilisable, non un déchet à gérer.

De leur côté, des marques comme La Rosée, Végétalement Provence ou On Behalf ont développé des éco-recharges pour les shampooings, baumes, brumes ou crèmes de soin, souvent conditionnées dans des poches souples allégées en plastique. L’intérêt ? Réduire jusqu’à 70 % la quantité de matière par rapport à un flacon complet, tout en conservant une gestuelle d’usage simple. Du côté des points de vente, certains instituts et concept stores proposent désormais le remplissage en vrac de gels douche, huiles et soins capillaires dans des contenants en verre consignés. En tant qu’utilisateur, adopter ces systèmes, c’est accepter une légère adaptation de ses habitudes pour générer d’importantes économies de ressources sur le long terme.

Cosmétiques solides et waterless beauty : réduction de l’empreinte hydrique

Les cosmétiques solides et la waterless beauty incarnent une autre facette de l’économie circulaire. En supprimant l’eau de la formule (ou en la réduisant fortement), on obtient des shampooings, savons, déodorants, dentifrices ou soins visage sous forme de pains, de poudres ou de sticks. Ces produits sont plus concentrés, plus légers à transporter et ne nécessitent souvent qu’un emballage minimal, parfois réduit à un simple étui carton compostable.

On estime qu’un savon solide peut remplacer en moyenne trois bouteilles de gel douche, et un shampooing solide équivaut à deux ou trois flacons classiques. Moins d’eau transportée, moins de plastique, moins de conservateurs nécessaires : l’impact environnemental par usage baisse significativement. Évidemment, tous les besoins cosmétiques ne peuvent pas être couverts par le solide, mais intégrer quelques références waterless dans sa routine – nettoyant, démaquillant, shampoing, baume multi-usages – permet déjà de réduire sensiblement sa “salle de bains carbone”.

Upcycling des co-produits alimentaires et valorisation des biodéchets

Enfin, l’une des tendances les plus prometteuses de la cosmétique durable est l’upcycling : la transformation de coproduits agricoles et alimentaires en ingrédients de haute valeur. Marc de café, pépins de raisin, coques de noix, écorces d’agrumes, drêches de brasserie… Autant de “déchets” qui deviennent exfoliants, huiles antioxydantes, poudres reminéralisantes ou actifs dépolluants. Des marques pionnières travaillent déjà avec des torréfacteurs, des vignerons ou des huileries pour sécuriser ces gisements locaux et leur offrir une seconde vie dans nos crèmes et gels douche.

Au-delà des ingrédients, la valorisation des biodéchets concerne aussi la fin de vie des produits eux-mêmes. Des filières expérimentent la collecte de savons usagés pour les recycler, ou la méthanisation de certains rejets de production pour produire de l’énergie. De notre côté, nous pouvons déjà pratiquer un upcycling “maison” avec des recettes simples : gommage au marc de café, masque au yaourt, soin capillaire aux huiles végétales pures. C’est une manière concrète de reprendre la main sur sa routine beauté, de réduire le gaspillage et de retisser ce lien de connivence avec la nature qui, à terme, est le meilleur garant d’une beauté respectueuse de l’environnement.